Mimesis

SMILE

Groupe français de recherche sur l’esthétique créé par Gil Tirlet et Jean-Pierre Attal.


DES HOMMES ET DES AXES DE RECHERCHE

Au sein du groupe Smile mené par Jean-Pierre Attal  et Gil Tirlet, chaque participant traite des thèmes particuliers liés à l’esthétique.

  • Hadia  Hamzawi Decharrière: l’esthétique dans la société et les dysmorphophobies.
  • Julien Simon Termini : la demande esthétique ; les éclaircissements et le traitement des fluoroses.
  • Guillaume Savard (maîtrise de philosophie, maîtrise de pédagogie des sciences de la santé, DEA d’éthique, DEA d’éducation thérapeutique et DEA sur l’evidence based dentistry) : l’éthique et la dentisterie esthétique, la demande esthétique des personnes âgées, la relation avec le patient.
  • Martin Brient et Florent Trévelo : Comment aborder un traitement esthétique.
  • Aube-Sophie Zlowodzki: les critères esthétiques
  • Rachel Chau, : les aspects culturels de l’esthétique, la notion d’esthétique dans le monde chinois par rapport au monde occidental.
  • Stéphane Cazier, praticien expérimenté : les composites et les attelles esthétiques.
  • Clément Vital : les prothèses céramo-céramique et la CFAO
  • Anne-Laure Simon : aspect médico-légal des traitements. Evolution actuelle des recours des patients.
  • Christine Muller : esthétique et orthodontie
  • Matthieu Fillon : les systèmes céramo-céramique, l’implantologie et la parodontie
  • Philippe Viargues, conseil de Smile en parodontologie, implantologie, prothèse.
  • Jacques Raynal , praticien formateur CEREC certifié ISCD
  • Lionel Coudray, prothésiste, céramiste, spécialiste de la CFAO. La référence de Smile dans toutes les relations avec les laboratoires.

QUATRE GROUPES D’ESTHETIQUE EN FRANCE
  • Mimesis à Marseille, dirigé par Jean-Christophe Paris.
  • Symbiose à Bordeaux, dirigé par Jean-François Lasserre
  • Equipe du DU d’esthétique à Strasbourg , dirigé par René Sarfaty
  • Réflexions et Solutions autour de Jean-Stéphane Simon
  • Et le Groupe Smile à Paris

INTERVIEW

Pourquoi avez-vous créé un groupe de recherche sur l’esthétique ?

G. Tirlet

La société met ce thème très en avant depuis plusieurs années. Mais quand je suis entré à la SFDE en 1988, il n’était pas très bien vu des instances universitaires qui le considéraient comme futile et accessoire. D’ailleurs il était encore très peu enseigné à la Fac et de plus réparti sur plusieurs disciplines, sans réel fil directeur. La réforme des études dentaires a permis certaines améliorations. J’ai ainsi pris en charge un séminaire de 6è année (T1) consacré à l’esthétique sur une après-midi. Mais les lacunes de la formation initiale restent importantes et beaucoup de professionnels passent à côté de ce sujet qui correspond à une réelle demande de la population comme nous le verrons. A l’étranger, l’esthétique est un thème omniprésent dans les programmes de formation initiale, dans les conférences et les revues professionnelles.

J.-P.Attal

J’ai personnellement beaucoup évolué sur ce sujet. Sans doute encore « formaté » par mes études, je n’ai pas toujours été d’accord avec les idées que Gil développait depuis des années. Me sentant l’âme d’un thérapeute, il me semblait que l’esthétique était un « créneau porteur » plus qu’un réel problème de santé.

Il m’a maintenant convaincu que non seulement l’esthétique ne s’opposait ni à la fonction ni à la biologie ni même à la mécanique mais que la santé était aussi liée au bien être psychologique comme le dit si bien la définition de l’OMS. Beaucoup d’individus souffrent de leur apparence physique. Il existe d’ailleurs toute une littérature internationale passionnante sur ce sujet en Odontologie.

G. Tirlet

Constatant l’éparpillement des connaissances et des enseignements, nous avons voulu avoir une réflexion globale sur l’esthétique en nous entourant d’un groupe de personnes afin de pouvoir couvrir tous les aspects liés à cette notion, que ce soit l’évolution de la demande des patients, la psychologie, l’éthique, le droit, la technique… Nous ne voulions pas en rester au bridge ou à la belle facette collée, qui finalement ne sont qu’un aspect de procédure, souvent assez réducteur, sur une problématique beaucoup plus large !

Il est donc capital de comprendre que l’approche clinique d’un problème esthétique s’intègre dans la cadre d’un plan de traitement global tout comme l’est celle d’un problème fonctionnel.

J.-P.Attal

L’idée de fonder un groupe avec Gil m’a paru intéressante. L’élément moteur a été la volonté de travailler en commun. En dehors de l’amitié, nous sommes très complémentaires. Gil est très pointu en clinique et en prothèse en particulier. Même si j’ai aussi une activité clinique libérale, j’ai une formation de base plus fondamentale axée sur les matériaux. J’aime particulièrement travailler avec les étudiants ou jeunes praticiens en les encadrant et en leur apprenant à publier et à communiquer. Nous sommes en effet surtout entourés de jeunes praticiens qui sont passionnés de clinique mais qui ne veulent pas, à priori,  intégrer l’université. Avec l’esthétique, nous avions le thème fédérateur pour tous ces jeunes !

G. Tirlet

C’est un aspect important. La solitude tient vraiment la profession dans un étau. Au delà même de l’isolement de l’omnipraticien qui ne peut pas faire état de ses réussites et ses difficultés, beaucoup de professionnels extrêmement brillants ne partagent pas suffisamment leurs connaissances.

J.-P.Attal

La groupe Smile a donc été créé en mars 2004 sous la forme d’une association de loi 1901, avec l’objectif de promouvoir la recherche sur l’esthétique dentaire et d’aider certains jeunes à trouver leur place comme acteur professionnel en tant que praticien libéral expérimenté en esthétique voire en tant que conférencier dans le cadre de la formation continue. A cet égard nous finançons la plupart des travaux de recherche des membres de Smile, certains de leurs déplacements ainsi que des inscriptions à des congrès. Nous sommes par exemple cinq de notre groupe à nous rendre au congrès de MIMESIS qui a lieu les 6 et 7 octobre prochains.


Combien de membres êtes vous ?

G. Tirlet

Actuellement une quinzaine mais les choses sont en train d’évoluer, nous en parlerons tout à l’heure.


Quels sont donc les thèmes développés par le groupe ?

J.-P.Attal

Notre idée initiale était d’apporter quelque chose à la profession en travaillant sur des thèmes encore jamais ou peu abordés autour de l’esthétique.

Chacun des participants (ou par binôme) effectue une recherche de fond qui doit aboutir à une publication. Nous nous réunissons quatre fois par an au cours d’une journée ou une grande matinée pour faire le point sur l’avancée des travaux. Au cours de ces sessions peu fréquentes mais très denses, chacun apporte sa production concrète minutieusement préparée en amont avec l’un d’entre nous. Le travail que Gil et moi fournissons pour Smile se fait surtout entre les sessions.

Pour faire avancer les choses en dentisterie, nous nous sommes entouré de personnes qui possèdent des talents ou une formation  particulière, au-delà des études dentaires. Hadia Hamzawi-Decharrière, par exemple, a suivi un cursus en psychologie et travaille sur la place de l’esthétique dans la société et surtout les aspects psychologiques de la demande esthétique. Elle mène en particulier des recherches sur la demande esthétique pathologique. En effet, aujourd’hui, il n’existe aucun critère pour dépister une dysmorphophobie (ou une peur du défaut physique). Le praticien n’a que son intuition pour le guider. Or nous savons bien qu’il ne faut pas traiter ses patients. Après avoir déjà publié un premier article dans l’ID sur le sujet (Decharrière-Hamzawi Hadia, Attal JP, Tirlet G : « Peur d’une Dysmorphose », L’information Dentaire, 2005, 87(40) :2523-2527), Hadia travaille à l’élaboration d’une charte sur laquelle le praticien pourra s’appuyer pour décider de traiter ou non un patient. Diplômée depuis trois ans seulement, Hadia a déjà acquis un bon niveau d’expertise grâce auquel elle donne un cours au DU d’esthétique de Marseille et à celui de Strasbourg.


Participer à ce groupe apparaît comme un vrai tremplin dans un cursus universitaire…

G. Tirlet

Nous dirions plutôt dans un cursus d’acteur actif de la profession. Nous avons un rôle de formateur des jeunes et nous leur mettons le pied à l’étrier. Demain, l’un sera peut-être spécialiste de psychologie esthétique, un autre spécialiste du « guide esthétique » adapté à l’omnipraticien. Et puis notre connaissance des attentes des patients acquise au cours de 18 années d’observation nous permet d’orienter les travaux des participants de Smile en étant une courroie de transmission entre toutes les instances professionnelles que nous connaissons bien.

J.-P.Attal

Nous formons les participants à des petits protocoles de recherche. Nous mettons beaucoup de temps à bien définir les objectifs de l’étude et nous leur apportons notre rigueur expérimentale. Cela exige de l’énergie et beaucoup de temps. Mais c’est très enrichissant. Julien finit à peine son internat et il est déjà aux commandes d’un sujet très intéressant (la demande esthétique est elle réelle en France ?), il participe à des congrès, intervient aux entretiens de Bichat et au cours d’un atelier à l’ADF…

Il a montré que la demande esthétique n’est pas réservée à certaines populations favorisées. Dans la population qui consulte à l’hopital Charles Foix, les résultats de son étude ont montré que 2/3 des personnes répondent par l’affirmative quand on leur demande si elles ont une demande esthétique, quelque soit leur sexe, leur âge ou leur profession. Et les dents constituent une part importante de cette demande.

G. Tirlet

Ce résultat est important car  ce sont les premiers chiffres que nous avons sur la demande esthétique en France. Par ailleurs, l’association souvent faite entre esthétique et classes sociales très favorisées est une des causes de la mauvaise réputation de l’esthétique. Nous avons maintenant la preuve que l’esthétique est pour tous. Cela ne nous surprend pas. L’évolution des traitements prothétiques depuis cinq à six ans, l’explosion du nombre de restaurations céramo-céramiques, ou d’éclaircissements sont des signes qui ne trompent pas.

J.-P.Attal

La notion de conservation des tissus cellulaires nous tient particulièrement à cœur. Nous voulons promouvoir l’esthétique avec des traitements qui ne sont pas forcément invasifs. Des dyschromies n’impliquent pas forcément la mise en place de facettes. Julien a lui aussi déjà publié un article sur ce sujet (La micro-abrasion amélaire contôlée. Cas d’une fluorose légère. Clinic, 2006 (27)1 . 99-105 ).


Vous parlez d’esthétique pour tous. Un praticien doit-il aussi toujours penser esthétique ?

J.-P.Attal

Notre ami Jean-Christophe Paris, un spécialiste de l’esthétique auteur d’un ouvrage remarquable, a contribué largement à notre formation et à notre évolution. Je vais donc reprendre son exemple. Prenons le cas simple d’un patient auquel on doit remplacer une dent antérieure avec des dents adjacentes de teinte A4. Sur le moment le patient ne pense pas à éclaircir ses dents, seule la dent absente le pertube. Trois mois plus tard, naturellement ou peut-être après la lecture d’un magazine, il prend conscience que ses dents sont sombres. Il est déçu. En réalité, le praticien doit anticiper et prévoir dès le départ la demande secondaire de son patient : l’éclaircissement. Je pense que cet exemple répond à votre question.


Comment comptez vous aider les praticiens ? Donnez nous d’autres exemples.

G. Tirlet

Nous avons vraiment la volonté de faire avancer l’esthétique en Odontologie dans notre pays. Or, nous nous sommes aperçus que le praticien est bien armé pour un cas esthétique simple comme la restauration d’une incisive absente. Mais il est perdu dans les cas plus complexes. Il faut reconnaître que les guides esthétiques existants sont des ouvrages difficiles d’accès. L’ouvrage sur l’esthétique de Jean-Christophe Paris nous sert aujourd’hui de base de référence car même s’il paraît parfois un peu complexe, c’est une mine de renseignements très complète. Martin Brient et Florent Trévelo sont notamment chargés de faire une analyse critique de ces guides. A terme, il est prévu qu’ils réalisent un guide simple à l’usage de l’omnipraticien. Ces 2 complices viennent d’achever la rédaction d’un article sur leur travail dans l’ID qui doit être prochainement publié.

J.-P.Attal

Smile traite aussi de nombreux autres thèmes novateurs comme la demande esthétique des personnes âgées, grâce à Guillaume Savard. Aujourd’hui, alors que la population vieillit, personne ne peut rien dire sur ce sujet ! Guillaume publiera prochainement ses premiers résultats qui font suite à son DEA d’Education thérapeutique. Pour finir sur Guillaume, notons aussi que sa formation pointue constituée d’un DEA d’éthique, et d’une maîtrise de philosophie lui permet d’aborder une réflexion passionnante sur l’approche philosophique de l’esthétique en chirurgie dentaire. Nous allons soumettre très prochainement un article sur ce sujet pour publication. Guillaume y présente une brève perspective, d’après des éléments de la littérature, sur le développement historique et social de la demande esthétique. Après quoi, il s’attache à examiner le sens du mot « esthétique » (en le comparant notamment à « cosmétique ») à travers ses définitions régulières et philosophiques. Enfin, il montre de quelle manière, du fait de ses différents sens, le terme d’esthétique s’applique à l’odontologie selon deux axes distincts mais néanmoins articulés : comme critère d’appréciation transversal et comme nouvelle pratique et champ de recherche.

G. Tirlet

Aude-Sophie Zlowodzki vient de présenter une thèse sur les critères esthétiques. La littérature ne propose que des critères élaborés le plus souvent empiriquement par des praticiens. Or nous pensons qu’il existe une différence entre les attentes du praticien et celles du patient. Aude-Sophie a élaboré un questionnaire qu’elle a envoyé à des patients, des chirurgiens-dentistes et des prothésistes. Ce questionnaire comprend une collection de sourires dont elle a modifié un certain nombre de paramètres grâce au logiciel Photoshop.  Les résultats sont étonnants. Jean-Pierre a dirigé sa thèse de 2ème cycle qu’elle a soutenue récemment. Un article est en préparation également.

J.-P.Attal

Rachel Chau, une étudiante de 6e année d’origine chinoise, aborde l’aspect culturel de la demande esthétique en réalisant une étude sur l’esthétique dans le monde chinois par rapport au monde occidental. Nous espérons prochainement travailler sur d’autres cultures.


Allez vous diffuser cette somme de connaissances ? Le groupe est-il en relation avec d’autres entités qui s’occupent d’esthétique ?

G. Tirlet

Notre objectif est vraiment de nous ouvrir aux praticiens à travers notamment notre participation à des colloques et nos publications. Nous avons beaucoup d’échanges avec d’autres groupes centrés sur l’esthétique. Il en existe quatre en France, sans compter la SFDE à laquelle il faut rendre hommage car elle a été pionnière dans ce domaine. Mais les groupes fonctionnent différemment. Le groupe Mimesis créé il y a 7 ans tient un congrès annuel depuis 4 ans. Nous ne manquons jamais ce rendez-vous.  Symbiose vient d’être créé à Bordeaux par Jean-François Lasserre. Par ailleurs, nous entretenons d’excellentes relations avec le groupe Réflexions et Solutions qui travaille sur l’orthodontie esthétique grâce à un outil formidable que sont les brackets Incognito. Enfin, même si le groupe n’est pas formalisé, à Strasbourg il existe des gens qui travaillent sur l’esthétique dans le cadre du  DU d’esthétique sous la houlette de notre ami René Serfaty. Les façons de procéder différent légèrement  mais les objectifs sont assez voisins. Et tous ces groupes ont la particularité d’être très complémentaires. Il n’y a pas de notion de concurrence entre nous, mais au contraire une volonté d’échanger. Par exemple, lors de la prochaine session SMILE, Symbiose nous envoie son spécialiste de la photographie buccale (Emmanuel d’Incau) pour faire une communication. Cette collaboration entre groupes sera illustrée  par une intervention commune lors du congrès de l’ADF présidée par Jean-Christophe. Peut-être qu’à terme, nous organiserons ensemble un congrès annuel à destination des praticiens.


Vous nous avez parlé d’une évolution de votre groupe ?

J.-P.Attal

En effet, notre groupe est entrain de se réorganiser. A la suite de nombreuses sollicitations de praticiens expérimentés et de prothésistes dentaires nous avons décidé de nous réorganiser autour de 3 pôles : un pôle jeunes praticiens (celui que nous venons de décrire), un pôle dentistes expérimentés, un pôle prothésiste dentaire. Dans le pôle praticien viennent se greffer des praticiens expérimentés comme Stéphane Cazier (dentisterie restauratrice), Philippe Viargues (Parodontie), Jacques Raynal (CFAO directe) et Christine Muller (Orthodontie). Ce pôle travaillera, plus que le groupe des jeunes, sur des problématiques cliniques. Le pôle prothésiste s’articulera autour de Lionel Coudray, brillant céramiste, qui maîtrise les nouvelles céramiques et les nouvelles technologies. En effet il nous semble très important aujourd’hui avec l’avènement de la CFAO et des nouvelles céramiques de garder un contact très étroit avec les prothésistes dentaires.